L'auteur - Dr Yves Morin

Yves Morin

Comme le narrateur du roman, l’auteur, Yves Morin, a été cardiologue à l’Hôtel-Dieu de Québec. Comme lui, il a occupé un poste administratif à l’université puisqu’il a été doyen de la Faculté de médecine de l’Université Laval.

L’auteur, Yves Morin, a lui aussi été marqué par la fréquentation quotidienne des Augustines dans les salles de malades de l’Hôtel-Dieu. Il a pu y apprécier la philosophie unique de soins qu’elles ont développée au cours des trois siècles de services ininterrompus à la population souffrante. Cette philosophie de soins est évidemment basée en grande partie sur l’enseignement de saint Augustin, leur Glorieux Père, surnommé avec raison le philosophe du coeur et dont on apprécie de plus en plus la richesse de la doctrine, en particulier en regard des soins aux malades. Les services dispensés par les Augustines se distinguent aussi par un respect inconditionnel du malade, rendu obligatoire par la présence mystique telle que clairement stipulé dans leur Constitution. Du fait de la clôture et du quatrième voeu, elles se démarquent enfin par un engagement indéfectible à leur office comme l’ont démontré ces héroïques jeunes femmes qui ont volontairement sacrifié leur vie lors des épidémies meurtrières du passé.

À ce point de vue, les Augustines ont avant tout été surdéterminées par l’environnement auquel elles ont eu à faire face en arrivant à Québec : un milieu hostile à tous les points de vue, un isolement surtout préoccupant par l’absence de médecin pour la plus grande partie du régime français, ce qui a été à l’origine d’une compétence clinique vite reconnue par les habitants de toute condition. Dans une perspective anachronique, compte tenu des excès doctrinaires et de l’inefficacité – sinon du caractère franchement nuisible – de la médecine de l’époque, on peut affirmer que cette éloignement des médecins de Québec a été bénéfique aux malades d’autant plus que les Augustines ont toujours mis l’accent sur le silence, la propreté et une alimentation saine, éléments qui sont d’une efficacité indéniable dans le traitement des maladies et qui sont plus que jamais aujourd’hui de première nécessité dans les services hospitaliers.

L’auteur, Yves Morin, a lui aussi été confronté à une nouvelle maladie gravissime qui frappait surtout des adultes jeunes qui étaient tous de bons buveurs de bière. Bien soutenu par des collègues, en particulier par un pathologiste remarquable, le docteur Jean-Louis Bonenfant, il a connu des difficultés de toutes sortes pour finalement trouver la cause de la maladie et faire disparaître la maladie de façon permanente.

Il a aussi profité de l’intérêt qu’ont porté les Augustines à l’histoire de leur communauté, ce qui a donné lieu à une riche tradition orale, spécialement en ce qui a trait au soin des malades, matière qui n’est pas couverte par Les Annales.

En tenant compte de ce qui précède, on peut se demander pourquoi l’auteur a choisi d’écrire un roman et non une recherche historique sur le sujet. Le roman se divise en deux parties. La maladie de 1965 et celle de 1665. Pour la plus récente, « la cardiomyopathie des buveurs de bière québécois », l’auteur a rédigé plusieurs articles scientifiques, toujours disponibles, auxquels ont réagi une centaine de chercheurs de tous les coins du globe. Il n’était pas nécessaire, pensait-il, de reprendre l’exercice. Pour ce qui est de la maladie de 1665, l’auteur n’est pas historien et n’a pas la compétence voulue, a-t-il jugé, pour se lancer dans une étude approfondie d’archives, comme de plus qualifiés l’ont fait avant lui. D’ailleurs, dans le cas qui nous intéresse, la rareté de documents rend l’entreprise encore plus difficile, comme le fait remarquer Marcel Trudel au sujet de Rémy de Courcelle.

La forme romanesque offrait par contre de nombreux avantages. Elle permettait en premier lieu de sauvegarder l’identité des malades, ce qui était absolument essentiel. L’auteur, pour diverses raisons, a pu aussi procéder à des assemblages d’identités, dans le cas du ministre ou celui de l’interne, par exemple. Pour accélérer l’action du roman, il a pu faire abstraction de certains événements comme le séjour des Augustines à Sillery, moment certes important dans leur histoire, mais qui s’est situé dans le courant missionnaire de début de la colonie, avant l’arrivée de Jean Talon, comme l’a bien expliqué Micheline D’Allaire et qui sort du cadre du roman.

Ce qui précède a pour but d’expliquer la distance qui peut exister entre le narrateur et l’auteur du roman. Pour les lecteurs qui voudraient approfondir cette question, je leur conseille de se référer aux autres sections de ce site web qui traitent de l’histoire des Augustines et des événements qui se sont produits en 1665 et en 1965.